Guerre tarifaire : l’Afrique, une alternative aux États-Unis?
Pour son premier voyage à l’étranger en tant que premier ministre du Canada, Mark Carney s’est rendu en Europe, tout d’abord en France et ensuite au Royaume-Uni. Ce voyage avait notamment pour objectif de renforcer des partenariats, alors que les États-Unis agissent avec hostilité envers l'économie du Canada. Pierre-Marcel Desjardins estime que la diversification des partenariats économiques est une affaire de survie pour le Canada. Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue L'économiste Pierre-Marcel Desjardins applaudit cette démarche, mais pense qu'elle aurait dû être initiée depuis longtemps déjà. Il regrette que les pays africains ne fassent presque jamais partie des options. Nous avons l'avantage du bilinguisme au Nouveau-Brunswick et non seulement au Nouveau-Brunswick, mais le Canada atlantique, le Canada dans son ensemble. M. Desjardins remarque que certaines idées arrêtées empêchent le Canada de faire efficacement affaire avec les pays africains. Pierre-Marcel Desjardins reconnaît qu’il ne serait pas facile pour le Canada de s’engager en Afrique. En effet, note-t-il, contrairement à d’autres pays du Grand Nord, le Canada a peu de liens historiques avec l'Afrique en plus de n'avoir aucun liens géographiques. Il existe cependant le type de lien qui lui apparaît comme étant le plus important, les liens culturels, en raison de la capacité pour le Canada de parler français et anglais avec certains pays africains, ce qui permettrait, précise-t-il, d'établir des partenariats gagnant-gagnant. Ce n'est pas d'aller piller les infirmières dans certains pays africains, ce n'est pas ça l'idée. M. Desjardins pense que les pays africains ont également des choses à offrir dans le domaine de l'agriculture notamment. C'est un avis que partage Kassim Doumbia. Originaire de la Côte d’Ivoire, il est le maire de Shippagan au Nouveau-Brunswick et est bien placé pour savoir ce que les pays africains auraient à offrir au Canada et inversement. Il affirme que le Canada peut bâtir des partenariats qui lui permettrait d'accéder aux ressources naturelles africaines, utiles dans l'industrie des technologies, mais pas que. On voit de plus en plus de personnes vivant au Canada qui sont friandes maintenant de nourriture africaine. Donc, il y a également l'agroalimentaire qui peut se développer. Kassim Doumbia souhaite un renforcement des liens économiques entre le Canada et les pays africains. Photo : Radio-Canada / René Landry Adelle Lubaki oeuvre précisément dans l'industrie agroalimentaire. Originaire de RDC, elle est la propriétaire de Baobab, une entreprise de Moncton qui vend depuis plus d’une décennie des denrées issues de pays africains. Des clients lui arrivent, indique-t-elle, d’aussi loin que Halifax, Bathurst ou Fredericton pour faire le plein de marchandises qui proviennent du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigéria ou encore de l'Afrique du Nord. Nos produits, ce sont des produits qu’on ne trouve pas au Canada. Je peux donner comme exemple les feuilles de manioc, l'attiéké, la banane-plantain. Ce sont des choses qu’on n’a pas au Canada. Pour Mme Lubaki, le potentiel économique canadien en lien avec l’agroalimentaire d’importation est considérable. Kassi Tano le pense également. Adelle Lubaki considère qu'il existe un important potentiel dans les échanges entre le Canada et les pays africains. Photo : Kenneth Hébert Ce résident de Moncton issu d’une famille de cacaoculteurs de la Côte d’Ivoire importe du cacao de son pays d’origine qu’il transforme en chocolat et en tartinade de cacao mélangée à de l’érable. Il a récemment conçu ce qu’il présente comme le premier thé glacé au cacao. Le magasin Baobab existe depuis 11 ans. Photo : Kenneth Hébert M. Tano estime que l’écosystème canadien est propice à l’érection d’entreprises fondées sur l’exploitation de matières premières venues d’Afrique, à condition que les politiques publiques accompagnent de telles initiatives. L’objectif est de bâtir des entreprises prospères, de pouvoir donner au consommateur les meilleurs produits qui soient, de pouvoir employer des gens. Kassi Tano veut transformer au Canada la matière première importe de Côte d'Ivoire. Photo : Kenneth Hébert Kassim Doumbia estime qu’il y a urgence à agir, le potentiel des pays africains étant considérable et des pays tels que la Chine et les membres du G7 prenant déjà de l’avance sur le continent. S’il reconnaît que des efforts sont de plus en plus faits (nouvelle fenêtre), le maire de Shippagan veut plus d’engagement dans les partenariats. Adelle Lubaki pense que les pays africains peuvent fournir au Canada en agroalimentaire ce que le pays ne peut produire. Photo : Kenneth Hébert Pierre-Marcel Desjardins fait pour sa part remarquer que les marathons et la construction des partenariats économiques sont similaires dans la mesure où les alliances de demain se travaillent sur le long terme et se construisent dès aujourd’hui. S’il pense irréaliste d’envisager de tourner complètement le dos aux États-Unis, il affirme que de continuer à dépendre à ce point du voisin du Sud ne peut se faire qu’au péril du Canada. Les produits à base de chocolat fabriqués à Moncton par Kassi Tano sont déjà en vente. Photo : Nouemsi Njiké Il ne faut pas considérer, ajoute-t-il, la présidence Trump, et les soubresauts qui lui sont inhérents, comme un simple 
Il faut qu'on regarde du côté de l'Europe, il faut qu'on regarde du côté de l'Asie, mais également des marchés non traditionnels. Et je pense en particulier à l'Afrique francophone où on a une classe moyenne qui est en croissance
, explique-t-il.On pense que le niveau de vie n'est pas nécessairement élevé alors que ce qu'on constate c’est qu’en vérité, il y a une classe moyenne importante, il y a un pouvoir d'achat important et ça ne va faire qu'augmenter au cours des prochaines années
, précise-t-il.Partenariat gagnant-gagnant
Nous avons un savoir-faire, par exemple, [dans le domaine des] centres de contact à la clientèle. Pourquoi est-ce que certains pays africains ne deviendraient pas des plaques tournantes au niveau des centres de contact à la clientèle ?
s'interroge-t-il.Le potentiel agricole
Il y a également le développement de l'énergie hydroélectrique, énergie verte. Il y a de l'expertise. Le Canada pourrait justement accompagner certains pays
, explique-t-il.
Les afro-canadiens comme moteurs
L’immigration internationale est là. On peut manger une bonne poutine râpée le soir, mais après une longue journée de travail, on aimerait avoir une assiette [d’une nourriture] avec laquelle on a grandi
, explique-t-elle.

Il y a un potentiel parce qu’il y a plein de matières premières, plein de connaissances. [...] Je connais ce que c’est que le cacao, ayant grandi dans ça. Je peux faire la transformation, je peux développer des produits auxquels quelqu’un d’ici n’aurait pas pensé
, indique-t-il.
Se désunir des États-Unis ?


astérisque
de l'Histoire, mais comme un repositionnement qui est en cours depuis des années déjà.Même si le président Trump n'est plus là, les éléments plus isolationnistes, plus nationalistes vont rester. [...] Il faut accroître les liens commerciaux qu'on a avec d'autres régions du monde, et ça pour nous, c'est une question existentielle
, conclut-il.
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